Nestor Salas
Nestor Salas

Nestor Salas

Nestor Salas

Nestor, quand avez-vous commencé à dessiner ?

J’ai toujours vécu entouré de dessins. Au Chili, où j’ai habité jusqu’en 1973, mon père était dessinateur politique. Il faisait de la gravure aussi. Il a eu un prix pour ses dessins humoristiques d’ailleurs. Depuis tout petit, je passais un temps fou à côté de lui à le regarder faire. Le dessin politique, ce n’est pas facile, il devait produire un dessin par jour pour les journaux. Ensuite je suis rentré à l’école d’Arts appliqués puis j’ai fait une école de cinéma, parce que finalement, c’est le même langage.

Vous faites à la fois du dessin politique et des dessins pour les enfants, pourquoi ?

Déjà pour moi, le dessin politique c’est tout sauf de la caricature. Ce que j’aime, c’est faire un dessin qui parle de la réalité mais de manière décalée. C’est être sarcastique sans jamais caricaturer.

Mon travail pour les enfants est à la fois différent et semblable.

Quand je dessine pour les enfants, j’ai l’impression d’avoir beaucoup de liberté parce que les enfants ont toute l’imagination nécessaire pour déchiffrer mes dessins. Je ne cherche pas à représenter la réalité mais à ajouter de l’imaginaire, un peu de folie, donc à avoir un côté décalé comme dans le dessin politique. Avec les enfants, je trouve plus de liberté parce que l’enfant n’a pas de préjugé, il est curieux. Devant un dessin, il va rigoler, il ne va pas demander d’explication, il accepte tout.

Vous écrivez les histoires que vous illustrez pour les enfants ?

Oui, mais je ne suis pas un auteur classique. J’aime écrire les histoires que je vais illustrer. Dans ma tête c’est comme si j’avais une bande dessinée qui se déroulait. Mais ce ne sont jamais les mots qui sont les plus forts ou les plus importants, ce sont toujours les images qui comptent le plus.

Quel rôle joue la couleur dans vos dessins ?

Quand je commence un dessin, j’imagine déjà les couleurs. Ca vient comme ça. J’imagine tout de suite la tonalité de mon dessin. Quand je commence des personnages, je sais qui aura quelle couleur de vêtement. J’utilise surtout des couleurs liquides, des encres, des aquarelles liquides…

Quelle réaction cherchez vous à créer ?

J’aime que mes dessins créent de la surprise, fassent naître des sourires. Parfois, les gens ne veulent pas toujours croire que c’est moi qui trouve les idées. J’aime voir l’étonnement et j’adore parler avec tout le monde.

Qu’est-ce qui caractérise vos dessins ?

Il y a toujours une histoire derrière mes dessins. Chaque dessin est comme la porte d’entrée dans une nouvelle histoire. Par exemple dans le livre « Constantin et la pensée magique », il y a un Bernard l’Hermite qui n’a pas trouvé d’autre coquille que cette énorme colonne grecque… pas simple de se promener avec cela sur le dos !

Ce qui m’amuse, c’est d’ajouter des histoires dans l’histoire, de petits détails, des insectes qui passent, des bonhommes qui discutent, des taches de peinture d’une autre couleur. Tous ces détails ne font pas partie à proprement parler de l’histoire, mais ils ajoutent ce que j’appelle du bruit dans un dessin. Ils ajoutent du mouvement, des possibilités d’interprétation, ils s’invitent dans le dessin et dans l’histoire.

C’est ma manière de sortir du dessin classique et de faire du dessin un démarreur d’imagination !